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Marathon des sables 2002

Mon journal du 17è marathon des sables

Arrivée le 5 avril à l'aéroport de Ouarzazate


Transport en bus puis camion sur 240 km jusqu'à Tagounite et bivouac près de l'Oued Drâa. Le choix de nos tentes se fera par affinité créée pendant le voyage. 
La tente 11 devient notre nouveau " palace " pour 9 nuits et abritera pendant tout le raid 8 personnes: Marie, Myriam, Jean un vieux briscard avec ses dix participations, Antoine un habitué de courses extrêmes, Yves, Patrick, Gilles Diehl un des futurs leaders de cette épreuve et moi-même.

Photos de l'équipe

Ici à Ouarzazate, il a plu pendant près de deux semaines sans interruption, ce qui est rarissime.
Maintenant ce n'est plus le cas, mais le vent commence à se lever.


Émotion de se retrouver enfin dans " THE " désert et soulagement d'être enfin là, c'est l'aboutissement de nombreux mois d'efforts en tous genres.

Journée du 6 avril consacrée aux contrôles médicaux et administratifs

Au programme du jour, l'inévitable contrôle des sacs devant contenir le matériel de survie obligatoire et 2000 calories minimum par jour. C'est aussi le jour des derniers choix cruciaux :
Qu'est ce que j'emmène dans mon sac à dos ? Qu'est ce que je laisse ? Qu'est ce que je sacrifie ? Les derniers réglages ... 

Lever 5h30, aïe, déjà du vent de sable, chacun s'affaire de son côté, contrôle pour Jean, Gilles et moi de 10 à 11 h. Regards sur les autres concurrents, quelle allure a leur sac à dos ? Hum, le mien est plus gros, évidemment !

Et voilà, le contrôle est passé sans encombre : poids officiel du sac 9,2 kg avec la fusée de détresse remise par les organisateurs. 
Aïe ! c'est trop lourd, je ne souhaitais pas dépasser 8.5 kg.
Allez, qu'est-ce que je peux encore laisser ? Il faudrait faire moins de 9 Kg, ce serait pas mal. Mes voisins de tente sont entre de 7 et 10 kg, moi encore aux environs de 9/9.5 ! Allez, je supprime des barres énergétiques et quelques lyophilisés. Un dernier effort en me séparant d'un tube de crème solaire et des quelques allumes feu chimiques (les anciens nous ont dit qu'on trouvait assez facilement du bois mort à chaque bivouac). Tant pis je ne m'en tire pas trop mal. Pourvu que je n'ai pas faim ensuite...

Le sac le plus léger fait 5.4 kg pour un concurrent jordanien, le plus lourd 15 kg pour un britannique, ce qui en dit long sur les ambitions de chacun.

Photos de cette journée


Samedi 6 avril Après-midi d'attente


L'anxiété est bien présente, même si l'on prend des airs décontractés, petite ballade sur un piton rocheux histoire de se dégourdir un peut les guibolles.
Certains font quelques foulées pour tester la tenue de leur sac à dos.
Demain c'est le grand départ pour 224 km de course répartis en 6 étapes de 20 à 71 km. Il paraît que cette année encore, le Marathon des Sables ne faillira pas à sa réputation de course la plus difficile au monde, avec toujours plus de sable et en particulier une étape de nuit dans les dunes très attendue et appréhendée par l'ensemble des concurrents. 

Le plus dur est bien à venir, chacun en est conscient et profite pleinement de cette dernière journée de repos avant de renouer avec le " grand frisson du désert ".
18h, cap sur le camion restauration, c'est le dernier vrai repas au soir du 06 avril, avant le jour J. Un stock de pain berbère est fait en vu du p'tit dèj du lendemain. 
Bonne nuit !

Photos de cette journée


7 avril : 1ère étape Oued Drâa - Oued Mird 26 km


Lever à l'aube vers 5h30, et première belle frayeur : sous le duvet de Gilles, un scorpion jaune se défile pendant le rangement du sac. Les scorpions jaunes sont beaucoup plus dangereux que les scorpions noirs communément rencontrés dans cette région.
Cette première rencontre avec la faune locale jette un froid non seulement dans la tente, mais également dans le voisinage ou la nouvelle se répand très vite !! il faudra être vigilant à l'avenir...


 

En revanche, les fourmis sont bien dans les jambes, 26 km nous attendent de l'oued Drâa à l'oued Mird.
Sur la ligne de départ les 609 concurrents égrènent le décompte 10, 9, 8, 7 etc. et c'est parti sous la clameur.
C'est la délivrance du départ, la jubilation intérieure, les mois d'efforts défilent dans la tête, ça y est, on y est ! Pourvu que je sois capable ! et si jamais j'avais surestimé de mes capacités ? 

 

Les deux premiers kilomètres sont endiablés, certains sprint pour remonter le peloton qui s'égraine.
Mais très vite le rythme de sa propre course revient et on réalise qu'on aborde 7 jours de souffrance certes, mais 7 jours de rêve.

Au bout de 30 minutes, on redevient serein et les images de ceux qu'on aime et qu'on a laissés en France viennent à l'esprit. 
1er CP ( check point ) au kilomètre 9,5 , un coup de poinçon, je prends la bouteille de Sidi Harazem et c'est reparti ! un vent violent latéral gêne notre progression.

Fin de la première étape, arrivée en 2h43 et plus tard le tableau d'affichage m'apprend que Je suis 185ème. 
Je m'efforce de ne tirer aucune conclusion hâtive de cette position, le but de cette première participation étant de terminer.
Ais-je été raisonnable ? Ne suis-je pas parti trop vite ? 
Je regagne la tente 11 les bras chargés de 3 bouteilles d'eau qui, comme à chaque arrivée, nous seront données pour " tout faire " jusqu'au lendemain. 
Yves et Gilles sont déjà allongé dans leur duvet. 
Gilles affiche déjà ses prétentions de leader en prenant la 4ème place de l'étape.



Un peu plus tard, tout le monde se retrouve et bien sûr les premières impressions sont échangées et je suis, sans trop le dire, un peu soulagé de constater que " ça a l'air possible ". On verra demain avec les premières dunes...
Les conditions de bivouac deviennent très pénibles avec un vent de sable qui ne cesse qu'avec l'arrivée de la nuit.

Photos de cette journée

 

8 Avril : étape 2 oued Mird - S/E Bounou : 36 km


Les premiers rayons de soleil nous tirent de notre sommeil vers 5h. Une demi-heure plus tard, les premiers courageux préparent le feu pour le petit déjeuner.
Bien vite, les marocains démontent la tente et nous voilà, à peine réveillés, dans le petit matin très froid.
C'est un peu galère car il reste encore 2 bonnes heures avant que le soleil ne réchauffe vraiment.
Ce sera comme ça tous les matins et c'est pour moi la partie de la journée la plus dure. 
Dire qu'à midi, on dégoulinera de transpiration ! 

A 8h30 précise, quelqu'un allume le " ventilateur " et le vent de sable se lève en l'espace d'une minute.
Départ vers 9 heures. Aujourd'hui, d'après le road book, le terrain devient plus difficile, avec plusieurs passages de dunes et dunettes.

Je fais un départ prudent et, jusqu'au CP 1, tout " baigne ".
Les premières dunes sont abordées vers le km 13 pour finir vers le km 18 ; je tarde à me décider à vider mes chaussures... grossière erreur !! 

Km 24 et CP 2, je fais une halte prolongée afin de refaire les pansements qui protègent mes doigts de pieds.
Avec la transpiration, le sable qui a la consistance de la farine s'est transformé en boue et mes pieds mijotent dans une ignoble soupe.
Je repars pour attaquer de nouveau une portion de dunes et là c'est le coup de pompe !! je n'avance plus, j'ai les jambes en coton.

Je jette un coup d'œil dans le garde-manger ventral, plus rien d'énergétique à dévorer, l'hypoglycémie arrive tout doucement et m'oblige à ralentir puis à marcher.
Au km 27, Marie, ma voisine de la tente 11 me rejoint, je rassemble quelques forces et me remets à trottiner à ses cotés.
La discussion fait alors un peut oublier la souffrance et ce damné vent de sable que nous recevons de plein fouet.

Les derniers kilomètres s'égrènent bien lentement, le bivouac 3 arrive enfin, mais je termine complètement vidé en 225ème position et 5h25 d'effort.
Merci Marie de m'avoir traîné jusqu'à la ligne d'arrivée !! 
Après le contrôle technique du 6 avril, j'avais sous-estimé la difficulté de cette étape et m'étais trop démuni en barres énergétiques. 
Me refusant d'entamer la ration du lendemain j'accuse le coup ...

Photos de cette journée

 

9 avril:Etape 3 - S/E Bounou - Oued N'Am - Sahara Sud Marocain - 31 km 

Terrain : dunes, terre battue.
14 heures (GMT)  33°C à l'ombre
Heure de départ : 8h45
Nombre de coureurs au départ : 585
Météo : chaud, vent fort avec rafales de sable
Difficultés particulières : vent de sable violent de face



Une " petite " étape aujourd'hui, 31 km, c'est presque rien !! avec un passage dans la casbah de Mahmid el Rozlane.
Superbe cadeau de l'organisateur que cette traversée de casbah en plein désert. Les maisons en torchis de terre marron se dressent hautes pour faire de l'ombre.
Nous passons dans les ruelles et apercevons les entrées qui donnent sur des pièces très sombres, havres de fraîcheur.

Les enfants sont là, bien sûr et applaudissent. Certains tendent les mains, attention de ne pas les décevoir.
Malgré la fatigue, je m'applique à tendre la mienne pour que, un bref instant, notre rencontre se matérialise par un contact, signe d'amitié et de reconnaissance.
Les femmes, (les gazelles !) sont plus en retrait et saluent quelques fois discrètement. Peu d'hommes, ils doivent être au travail.

A la sortie de la casbah, nous poursuivons notre " ballade " dans la grande palmeraie.
Le paysage est superbe et l'hélico en profite pour filmer en faisant des allers-retours en rasant littéralement la cime des palmiers ; le pilote est vraiment un pro !

Les kilomètres passent et à la sortie de la palmeraie, le CP2 marque le kilomètre 21.
Nous voilà de nouveau dans un grand erg de dunes.



Le vent devient d'une violence inouïe et je me recouvre complètement le visage avec mon buff afin d'éviter de manger trop de sable.

La fin de l'étape devient un enfer avec ce vent qui ne faiblit pas, je rattrape d'autres concurrents, un signe de la tête, peu de paroles échangées, nous ne parlons pas la même langue, de toute façon les visages sont calfeutrés.

Je constate que je n'ai plus d'ombre et pourtant il fait grand beau, il fait presque sombre avec cette tempête de sable.

Enfin le bivouac, je prends mes bouteilles et direction la tente 11. Il faut vite récupérer et se reposer, demain c'est la grande étape avec en prime 22 km de dunes ; j'appréhende un peu ...

Photos de cette journée

 

Tous les moyens sont bons pour se protéger du sable





10 avril Etape 4 : 71km - Oued N'Am / Lac Iriqui

C'est l'épreuve dans l'épreuve !

Terrain : grandes et petites dunes, plateaux caillouteux, lac asséché
Température : 34°C
Météo : tempêtes de sable - vent violent 80 à 110 km/h
Nombre de coureurs au départ : 579
Heure de départ : première vague à 9h00, seconde vague à 11h30.


" C'est probablement l'une des étapes les plus difficiles de l'histoire du Marathon des Sables qui s'annonce ", nous met en garde Patrick Bauer, dans son traditionnel briefing d'avant course." Attention prudence dans le secteur des dunes, ne vous y aventurez pas seul, surtout à la tombée de la nuit. Regroupez-vous ".
De plus, le vent de trois quart-face a façonné les 22 km de grandes dunes dont certaines dépassent 200 m de hauteur, dans le sens contraire de notre progression. Ce sont des murs de sable qu'il faudra franchir ou contourner, mais dans ce cas il deviendra difficile de conserver le fameux cap 273 pour trouver le CP 4 noyé au milieu de cette mer de sable.

La ferveur habituelle du départ laisse place à l'inquiétude qui se lit sur les visages.
Et c'est le départ du premier groupe, 522 concurrents, il est 9h, le vent violent nous oblige à jouer la solidarité, sinon toute progression est rendue surhumaine.

A l'instar de la technique des "bordures" bien connue en cyclisme, les coureurs, par groupes de 5 à 20, avancent péniblement par rangées, les premiers abritant les suivants avant de céder leur place pour reprendre des forces. Dans ces conditions extrêmes, les moins rapides (2km/h de moyenne) auront les plus grandes difficultés à rejoindre l'arrivée dans le temps imparti de 36h.

Photos de l'italien  Francesco BERLUCCHI



Pour beaucoup, cette longue étape se prolongera sur deux jours avec une nuit passée sur la piste ou sous une tente de contrôle, à chercher un réconfort auprès des médecins, d'un contrôleur ou d'un autre concurrent épuisé lui aussi. 

Je pars très prudemment et trottine jusqu'au CP 2, au km 30 je rejoins Marie, ma voisine de la tente 11 accompagnée de quelques coureurs, nous échangeons nos impressions en hurlant pour dominer cette soufflerie de sable : " c'est pas possible de franchir l'erg dans ces conditions de météo, la course sera neutralisée au prochain CP c'est sûr " nous poursuivons ensemble jusqu'au CP 3.
A ce moment les deux frères Ahansal parti dans la seconde vague de 11H30 arrivent ensemble au CP, ils ont 5 minutes d'avance sur Gilles Diehl qui s'annonce comme étant le seul à pouvoir s'accrocher à ces deux formules 1 du désert.

Les photographes et caméras affluent autour des deux marocains.

A ce moment, nous avons le choix entre une ou deux bouteilles de la précieuse Sidi Harazem et je décide de prendre par prudence 3 litres d'eau pour affronter cette mer de sable.
Je repars avec Marie et un kilomètre plus loin, c'est l'entrée du grand erg Mhâzil ; des dunes à perte de vue sur 22 km et un CP 4 qu'il faudra trouver, perdu à mi-distance en suivant scrupuleusement le cap 273.

L'italien Marco Olmo nous double à ce moment, il pointe en 4ème position.

Un coup d'œil sur nos montres, un petit calcul ; nous devrions atteindre le CP 4, soit 10km plus loin, en 3 heures maxi.
15h35, il ne faut pas traîner, nous souhaiterions tout deux être le plus près possible du CP 5 à la tombée de la nuit.


Au début la progression est facile, il suffit de suivre les traces fraîches laissées par les concurrents qui nous ont précédé, mais ensuite avec des écarts de plus en plus importants et aux fil des kilomètres avec cette tempête de sable, les traces s'estompent.

2h45 plus tard nous arrivons enfin au CP 4, il en a fallu de peu pour que nous ne l'apercevions pas dans ce brouillard minéral.
Nous apprendrons plus tard que beaucoup n'ont pas eu cette chance et se sont retrouvés directement au CP 5 avec les pénalités qui s'imposent.

Une pause, je vide le sable de mes chaussures, m'alimente un peu et c'est reparti, la tempête est de plus en plus violente, le nuage de sable est si dense que nous n'avons pas d'ombre, le soleil au-dessus de nos têtes n'est plus qu'un pâle halo lumineux.

Après quelques minutes, nous rejoignons le marocain Mustapha Ait Amar, il marche et a l'air complètement vidé., Pour lui, plus aucune chance de bien figurer au classement final.
Des dunes, des dunes, toujours des dunes, et le contact visuel avec d'autres coureurs se fait de plus en plus rare.

18h30 la lumière commence à s'estomper et annonce la nuit, il n'y a plus aucune traces au sol et, la boussole entre les mains, les yeux rivés sur la cap 273, nous tentons de progresser.
La nuit est bien là maintenant et toujours rien en vu, nous nous regroupons avec une petite dizaine d'autres coureurs et décidons de poursuivre ensemble.

La visibilité devient nulle, le faisceau de ma lampe frontale se perd à moins de 5 mètres.
Je m'arrête pour vider une fois encore mes chaussures, je tente de prévenir mes compagnons d'aventure en hurlant pour qu'ils m'attendent, mais ils ne m'entendent pas et poursuivent, nous sommes comme dans une soufflerie et les petites lumières de leurs lampes finissent par disparaître.

Je me retrouve de nouveau avec Marie qui, étant derrière moi à ce moment, m'attend.

De toute façon le groupe " tirait " cap trop au nord et nous voici repartis cap 273 à gravir des dunes dont nous ne voyons pas la cime. Font-elles 3, 4 mètres ou bien 50 mètres de hauteur ? 
L'inquiétude grandit, mais il faut garder son sang froid, le stress augmente le rythme cardiaque et je m'alimente un peu.

Une bonne heure s'écoule avant d'apercevoir une lueur à l'horizon, mais s'agit-il du CP ou bien de la lampe d'un autre coureur égaré ?


photo afp

Impossible d'évaluer la distance !!

De toute façon nous n'avons pas le choix, il faut tenter le coup, je tire un nouveau cap sur la faible lueur cap 235 et c'est reparti tout droit, plus question de dévier cette fois-ci.
Un peu plus tard, l'allumage du rayon laser qui devait guider les coureurs sur le CP 5 nous confirme notre position et une demi-heure plus tard nous pointons au contrôle.

Que de temps perdu ! Je râle en prenant mon eau " vous auriez dû allumer le laser bien plus tôt "." Il n'a pas marché tout de suite avec ce vent de sable ", me répondent les contrôleurs. 
Exténué, je me dirige vers la tente médicale, il est urgent que je me fasse laver les yeux ! 

Pas le temps de réchauffer de l'eau pour un hachis Parmentier que je " gobe " froid et c'est reparti toujours en compagnie de Marie, cap au 274, il nous reste 14 bornes avant l'arrivée.

Le terrain est désormais plat et balisé, nous marchons sur le fond d'un lac asséché (Lac Iriqui) et la température devient très fraîche.
Le vent est toujours là, mais avec moins de sable et bientôt c'est la pluie glaciale de face qui nous accueille.
Au fil des kilomètres une lueur monte à l'horizon, c'est l'arrivée et le bivouac tant espéré, nous sommes à bout de force et je m'efforce de maintenir la conversation.

Parfois, j'aperçois dans le faisceau de ma lampe, un concurrent qui, exténué, n'a pas eu l'énergie pour continuer malgré la proximité du bivouac et dort recroquevillé dans son sac de couchage le long de la piste.

 

Il nous faudra encore plus d'une heure pour pointer enfin à l'arrivée, après 13h58 de course.
Rapidement, je prends mes trois bouteilles et me dirige vers notre tente toujours avec un vent violent, qui contrairement aux autres jours, ne s'est pas arrêté avec la nuit.

Photo AOI




Gilles, Yves et Patrick sont déjà là bien sûr, ils ont bien tourné et ont réussi à passer les dunes avant la tombé de la nuit.
Pas de nouvelle d'Antoine parti dans la seconde vague, il doit galérer !
Trop fatigué, je n'arrive pas à m'endormir et une heure plus tard Antoine arrive trempé et exténué. 

 

Voir : Orientation avec une boussole



11 Avril - Journée " de repos " consacrée à la réparation des machines.

Température : 28°C à l'ombre
Météo : tempêtes de sable - vent violent 80 à 100 km/h - pluie



L'état de nos pieds commence à prendre des proportions importantes. Certains sont pratiquement invisibles sous les bandes de sparadrap, de mon coté je limite la casse.
La tente médicale ne désemplie pas, essentiellement pour des soins de pieds et le lavage des yeux. L'éosine, produit miracle, passe de mains en mains ou plutôt de mains en pieds. 

A deux étapes de l'arrivée, j'évalue mes besoins restant en nourriture. 
Je m'étais bien trop démuni sur les deux étapes précédentes, quel C.. !! 

Cette journée devient un calvaire : à midi après 27 heures du départ, alors qu'environ 40 concurrents étaient encore en course, une pluie violente s'abat sur le lac asséché Iriqui, transformant le bivouac en véritable bourbier.

" Une météo jamais vue, c'est l'étape la plus difficile que j'ai jamais courue ! " ont déclaré les anciens.
L'organisation envisage même de déplacer le bivouac (150 tentes, 110 véhicules et plus de 1000 personnes...) de quelques kilomètres, pour éviter la menace d'une montée des eaux qui pourrait être très rapide sur le lac asséché. C'est dire les conditions extrêmes dans lesquelles se déroule la course cette année.

Photos de l'italien  Francesco BERLUCCHI


Tout cela nous contraint à rester recroquevillé dans nos sacs de couchage, impossible de faire chauffer de l'eau pour manger lyophilisé.
Certains trop tiraillé par la faim, tentent de " manger " à l'abris d'un carton ou dans leur sac de couchage.

Le moral prend un coup et je vais chercher les mails pour toute la tente car les conditions météo ne permettent pas aux organisateurs de venir les distribuer.
Les encouragements des proches provoquent une émotion perceptible sur les visages sales, où suinte parfois des larmes.

Il faut se remotiver car demain c'est l'étape marathon de 42 km qui nous attend et la machine commence à être fatiguée malgré la révision de ce jour de repos. Aurais-je correctement récupéré ?? il faut dormir !


 

 

 

Photos de ces deux jours

 

12 avril 2002 Etape 5 : 42km - Lac Iriqui / Jebel Amsailikh

Terrain : petites dunes, piste caillouteuse
Température : 32°C
Météo : vent moyen
Nombre de compétiteurs : 564
Heure de départ : 9h15

Au matin, après avoir passé une nuit à lutter contre le vent et le sable qui rentrait de tous côtés dans la tente berbère, la météo enfin redevenue plus clémente regonfle un peu le moral, et c'est dans une ambiance festive que le départ est donné à 9h15. 

Un vent léger nous accompagne le long des majestueux djebel El Khbag et Mdaouer El Kbir, puis le parcours emprunte un grand plateaux arboré. Un paysage apaisant au regard de l'apocalypse des jours précédents !
Je prends un rythme plus soutenu que d'habitude, on va tenter le coup de poker !!
Ca passe ou ça casse !! il faut assurer jusqu'au CP 2 marquant la mi-course et voir dans quel état je serai au CP 3 du km 31.

Je commence à m'alimenter très tôt après 25 minutes de course, puis régulièrement toutes les 20 minutes, c'est payant.
Depuis le CP 2 je ne fais que doubler d'autres coureurs qui ralentissent, excepté quatre qui me colle le train sans prendre de relais depuis le km 15, je ralentis pourtant pour les laisser passer, mais rien à faire.

Photo AOI


Je pointe le CP 3 très rapidement, échange ma bouteille vide contre une pleine sans prendre le temps de remplir mes bidons, tant pis je boirai à la bouteille, c'est moins pratique mais je ne veux pas perdre de temps.
J'accélère tout de suite pour tenter de décrocher les sangsues. Rien à faire !
Ils sont peut-être à fond et ne sont peut-être plus en état de relayer ??

Vers le km 33,5 nous pénétrons dans une magnifique palmeraie, je "marche" vraiment bien, pas le temps pour la photo!
A ce moment je profite des méandres de la piste pour accélérer franchement sur 500 m.
Sur mes quatre suiveurs, seul un s'accroche puis vient à ma hauteur et me propose enfin de passer devant, mon énervement est perceptible.
Ça cause Français car c'est un belge et nous ferons ensemble 4 ou 5 km.

Au fond de la vallée tout là-bas, il me semble apercevoir les tentes du bivouac, attention toutefois de ne pas sous-estimer la distance, mais je décide d'accélérer encore un peu.
A présent je rattrape beaucoup de coureurs complètements " secs " , ma locomotive belge décroche à son tour.

L'arrivée devrait être proche maintenant, il dois rester moins de 15 minutes de course et je donne tout ce que peux, je pousse vraiment à fond ; tant pis pour l'étape de demain.
Après 4h20 de course, ma stratégie s'avère payante et je me classe enfin dans les 100 en prenant la 73ème place de l'étape.

Exténué par ma course, mais avec un sentiment de fierté mêlée, me voilà à faire la queue pour mes bouteilles d'eau avec mes voisins de tente fraîchement arrivés eux aussi.
Eux qui d'habitude arrivent bien avant moi.

Nous rejoignons notre bonne vieille tente 11 ou Gilles arrivé depuis plus d'une heure est en train de dormir.
Plus tard en soirée, nous ferons tous plus d'une demi-heure de queue pour récupérer la " surprise " promise par l'organisation : une cannette de coca.
C'était long mais c'était bon !!

C'est la veille de l'arrivée et l'ambiance du bivouac devient festive. De plus, le vent a quelque peu faibli.

Photos de cette journée



13 avril 2002 Etape 6 : 20km - Jebel Amsailikh / Foum Zguid

Terrain : piste sablonneuse
Température : 32°C
Météo : beau temps
Nombre de compétiteurs : 565
Heure de départ : 9h00.


Une merveilleuse journée nous attend. Le départ est pris dans l'enthousiasme général et sur un train d'enfer. Les douleurs sont oubliées. 
Mais attention 20 bornes c'est long ! 
  

Photo AOI


Pourrais-je tenir à ce rythme ? N'ais-je pas trop " tapé dedans " hier ? On verra bien et je m'efforce de maintenir l'allure.

Le CP 1 arrive très vite, je pointe, mais ne prends pas la bouteille d'eau, j'avais prévu de boucler avec 1,5 litre seulement.
Je rattrape Yves, puis Antoine mes compagnons de la tente 11, même si ces deniers ne semblent pas en forme, cela me donne des ailes, j'accélère !!

On sent que l'on revient vers plus de civilisation avec les bijours " stylos " , " dirhams " " s'tiou plait " des petits arabes. 

C'est bientôt la fin car nous pénétrons maintenant dans Foum Zguid, au road book il reste moins de 2 kilomètres.

Dans le dernière ligne droite, je me retrouve avec un danois qui me colle le train depuis l'entrée du village et qui semble mal. 

La grande rue qui précède l'arrivée est finalement plus longue que prévue, mais interdiction de flancher.
Mon esprit combatif reprend le dessus ; " il va voir celui-la que j'en ai encore en réserve " ! Je scrute son ombre sur le bitume pour voir le moment où il va accélérer.

A 200 mètres de l'arrivée, je mets le turbo, c'est dérisoire après 224 km mais c'est juste pour le fun, le type me suit sur 50 mètres puis me " dépose " littéralement, il passe la ligne d'arrivée, se retourne pour m'accueillir, une poignée de main " tu m'as bien eu vieux " !! 
il n'a probablement pas compris ce que je venais de lui dire mais on éclate de rire tous les deux !!

D'autres franchissent la ligne d'arrivée en larmes, l'émotion est perceptible sur les visages marqués des coureurs.

Peu à peu l'équipe de la tente 11 se retrouve. Chacun arbore un sourire de fierté. La fatigue est oubliée quelques instants.

De grandes tentes d'honneur avec de profondes banquettes bien moelleuses nous attendent, l'on m'attribut une place dans un des bus qui nous attendent pour 3 heures de trajet vers Ouarzazate, vers le repos, vers la vie normale.

En attendant je troque mes Nike contre une paire de babouches, un chèche et un bijou berbère pour ma " Gazelle " resté au pays !!

Je grimpe dans le car avec un brin de regret pour la tente 11, mais conscient d'avoir réalisé un vieux rêve, celui d'avoir fait le fameux Marathon des Sables...

Photo Carolyn Schaefer

Photos de cette journée

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