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Marathon des sables 2003 |
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 marathon des sables 2003
Arrivée le 4 avril à l'aéroport de Ouarzazate
6 avril 1ère Etape : 25 kms Daya / Erg Chebbi
7 avril Etape 2 : 34 kms Erg Chebbi / Erg Znaigui
8 avril
Etape 3 : 38 kms Erg Znaigui / Oued El Jdaid
9 avril Etape 4 : 82kms Oued El Jdaid / Rich Bel Ras
10 Avril Journée " de repos " consacrée à la réparation des machines
11 avril Etape 5 : 42 kms Rich Bel ras / Tizi N'Izelguene
12 avril Etape 6 : 22 kms Tizi N'Izelguene / Tazzarine |
Vendredi 4 avril, 7 heures du matin aérogare Roissy Charles de Gaulle, il fait frais, je traîne derrière moi mon sac cargo plein à craquer en direction de la porte 16/18. De l'autre côté du trottoir, Olivier Cauchois de l'équipe Leroy Merlin Ste Geneviève des Bois m'a reconnu et m'attend. La poignée de main est chaleureuse et l'on devine une certaine excitation dans les regards. Nous avançons ensemble vers les comptoirs de la RAM* le lieu de rendez-vous. Des sac à dos, des crânes rasés ! pas de doute, nous sommes arrivés et bientôt je retrouve mes coéquipiers de l'équipe Jogging International à laquelle j'appartiens cette année. *RAM : Royal Air Maroc Nos billets d'avion et le précieux road book sont distribués et puis chacun se disperse dans l'aérogare.
Je profite d'un café pour étudier le parcours : Plus de kilomètres mais apparemment moins de sable que l'année dernière, de plus l'étape dite des dunes n'est pas la "grande" ...
Dommage, cela "cassait" un peu psychologiquement la distance de cette étape tant redoutée qui affichait 71 kms l'année passée. Cette fois c'est 82 kms "non stop" qu'il faudra négocier au mieux. Après un vol sans problème, nous atterrissons traditionnellement à Ouarzazate et embarquons dans les bus pour 340 kms soit 5 heures de route en direction du bivouac numéro 1, le point de départ de notre grande aventure saharienne. Nous arriverons sur place en fin d'après midi, les 4 derniers kilomètres s'étant effectués dans des bétaillères qui se sont livrées à une véritable course poursuite digne d'une étape du Paris Dakar.
 Un rapide coup d’œil sur le tableau de la tente "QG" nous indique que la délégation française devra s'installer dans les tentes numérotées à partir de 20. Notre petite équipe de 8, constituée des équipes Jogging & Foulées Vertes, s'empresse sur la première tente libre et se sera la 22. Bien vite notre "capitaine" Benoît Laval hisse les couleurs en positionnant un petit drapeau Raidlight Jogging sur le toit de notre nouveau "palace". A 18 heures, le soleil disparaît sur l'horizon et la fraîcheur s'installe, nous prenons alors la direction du camion self où nous sera servi un dîner rapidement englouti. Le 5 avril sera consacré aux derniers réglages, aux contrôles techniques et administratifs. Poids des aliments, du sac à dos et j'ai même droit au contrôle anti-dopage, ça commence bien !!

Photo AOI Poids du sac complet avec la fusée de détresse : 8.6 kgs c'est évidemment trop lourd !!! mais pas question de toucher à l'alimentation, cela m'avait joué un mauvais tour l'année dernière. J'ai déjà tout optimisé à 100g près. |
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Dimanche 6 avril, c'est le grand jour, réveil à 5h15 avec le lever du jour, les tentes sont démontées à partir de 5h40 environ. Bien vite nous nous retrouvons sur le sable et la "caillasse" pour préparer notre petit déjeuner qui sera constitué de cacao et de pain berbère pris la veille au camion self. 
Photo Frédéric Morand
C'est notre premier repas pris en auto-suffisance alimentaire, la course a bel et bien commencé... Il fait frais et l'attente semble interminable jusqu'à 9h, l'heure théorique du départ. Cette 18ème édition aura une consonance particulière du fait de la situation de guerre en Irak. Aucun drapeau national ne devra être arboré aussi bien sur nos équipements que sur le portique de départ qui comporte traditionnellement les bannières des nationalités présentes en course. Juste avant le départ, une photo aérienne symbolisant le signe de la paix sera faite avec les coureurs. Des drapeaux à l'effigie de la paix seront distribués à tous les coureurs qui le souhaitent.

Photo AOI Le départ sera finalement donné vers 9h30. Comme l'année dernière, c'est la libération ! les premiers hectomètres sont endiablés, c'est la folie ! des coureurs sprintent littéralement pour rejoindre leurs copains partis devant... Je reste calme et adopte rapidement mon allure "diesel". "ça y est !! c'est reparti!! " cette fois ce n'est pas l'aventure, il faut gérer correctement, ne pas se "griller" sur la première étape. D'ailleurs cette année j'ai comme objectif de rentrer dans les 80 premiers du classement final. Après 20 minutes de course, je rattrape "l'homme en jaune", Christian Ginter. Comme à son habitude, il a une foulée hyper économique et soulève à peine les pieds. Je m'interroge: Je le suis ou je passe devant ?? il revient tout juste de la Mauritanienne 200 (200kms non stop) 15 jours avant, il ne peut prétendre à un classement. Je décide de le passer. Il ne fait pas très chaud (27°C) avec un léger vent de face, c'est bien pour courir, le premier CP situé au km 11 arrive très vite. C'est là que je rejoins mes copains de la tente 22, Karim & Jean François et je quitte le CP juste devant eux. vers le km 17, nous abordons un petit village, les gamins sont là et nous acclament. L'un d'eux sur une vieille mobylette m'interpelle !! je comprends qu'il me propose de monter derrière lui pour me conduire directement à bon port !!! J'essaie de lui expliquer que nous n'avons pas droit à un tel privilège sous peine de pénalités importantes, mais le pilote ne semble pas comprendre... Le km 21 annonce le 2ème CP, je saisis très rapidement la bouteille de Sidi Harzem, remplis mes bidons et repars sans perdre de temps. Peu de temps après je rattrape Joseph Pinto de l'équipe Leroy Merlin, on échange quelques mots et puis c'est l'arrivée en 2h36, je suis 72ème. C'est bon j'ai assuré, il ne fallait pas partir trop vite tout en assurant une place dans les 100, c'était l'objectif. Le bivouac 2 est idéalement placé à l'abri des dunes et tout le monde se retrouve peu à peu sous la tente 22. Déjà se profilent à l'horizon les gigantesques dunes de Merzouga, les plus hautes du Maroc culminant à plus de 900m. 
Ce sera le théâtre de l'étape dite "des dunes" de demain... |
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Lundi 7 avril, Il fait doux, c'est agréable et le petit dèj est pris dans une ambiance décontractée. L'heure du départ est avancé à 8h30 en raison de grosses chaleurs annoncées pour la journée. Cela semble arranger tout le monde. A la lecture du road book, le secteur des dunes débute au km 2. Je décide alors de partir plus rapidement afin d'éviter de me faire "enfermer" à l'entrée de ce secteur. Le départ est donné et je constate que les principaux leaders, notamment les frères Ahansal partent en arrière du peloton et remontent progressivement. Juste à l'entrée du secteur "dune" j'aperçois Dominique Nugre qui tire plein Est !! coup de poker ??!! probablement Dom en est à son 9ème MDS et ne part jamais à l'aventure... Une année, il s'était même retrouvé en tête grâce à ses talents de navigateur. Le reste du peloton semble rester derrière les autres leaders et n'ayant aucune prétention au classement j'en fais de même. La traversée de l'Erg Chebbi (non balisé) ne nécessite aucun exercice de navigation à mon niveau, je me contente de suivre les traces dans le sable. 
Photo Frédéric Morand
C'est juste avant le CP 1 "noyé" au milieu des dunes au km 6.5 que je rattrape Jean Pierre Tillard tout habillé de rouge et arborant fièrement les couleurs du Calvados.
Nous faisons un bout de chemin ensemble, échangeons quelques mots et puis je décide d'accélérer. "à bientôt on se reverra plus tard..." Très vite nous sortons des dunes, rien à voir avec l'année dernière ou j'avais passé près de 6 heures dans la tempête de sable en navigation avec la boussole dans l'Erg El Rhoual de 25 kms dans l'étape longue. Je pointe rapidement au CP 2 marquant la sortie de l'erg vers le km 15, la suite c'est un interminable plateau caillouteux à perte de vue et sur près de 10 kms en ligne droite avec un vent de face tenace. Et me voilà derrière l'homme en jaune, Christian Ginter et sa foulée "éco", il est dans "son monde" et nous progressons sans échanger le moindre mot. Au bout d'une heure, nous atteignons le CP3 au km 35, encore 5 kms de plateau caillouteux, puis c'est l'entrée dans la dernière portion "sable" 4kms juste avant le bivouac. C'est un soulagement pour moi, puisque tout le monde se met à marcher dans les premières dunes, toutefois dès que le relief me le permet, je repars en petites foulées. L'arrivée est maintenant en toile de fond et j'entends derrière moi un bruit de sac à dos se rapprochant. C'est Ruth Marie l'américaine qui me rattrape et je décide de m'accrocher jusqu'à l'arrivée à ce "lièvre" inespéré. 
Nous débouchons de l'erg, le bivouac est là, à 300m, je prends alors du recul pour laisser la belle américaine franchir seule la ligne d'arrivée sous l'afflux des caméras. L'étape 2 est bouclée en 4h23 et en 75ème position, du coup je remonte à la 68ème place du général. Pour l'instant tout est ok! |
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Matin du 8 avril, je ne sais plus dire quel jour nous sommes car on perd vite la notion du temps, mais c'est 38 kms qui nous attendent et une étape difficile avec encore du sable au niveau du Djebel Ihmame. La température monte crescendo depuis notre arrivée samedi , il fera 38°C aujourd'hui. Au traditionnel briefing du matin, Patrick Bauer nous informe que cette fois il faudra avoir la boussole à porté de main pour le passage de l'Oued Ziz particulièrement accidenté vers le km 12. "C'est très bien", me dis-je, enfin un passage technique pour faire la différence. Le départ est serein et la première partie du parcours est constituée de dunettes éparses. D'ailleurs, juste avant le CP 1 que l'on aperçoit au loin sur la gauche, le parcours décrit une sorte d'arc de cercle afin de contourner un secteur sablonneux. Je décide alors de couper un peu le fromage quitte à "manger" un peu de sable en gravissant quelques dunettes. D'autres coureurs m'emboîtent d'ailleurs le pas et nous gagnerons une dizaine de places dans l'affaire. Au km 12, j'aborde l'entrée du fameux Oued Ziz en compagnie d'un groupe de 5 Anglais qui, très disciplinés, sortent tous la boussole. Le cap à suivre est indiqué sur la dernière balise juste avant de pénétrer dans l'Oued. Je marque un temps d'arrêt, calibre mon Suunto sur le cap en question et décide de prendre un piton rocheux se situant de l'autre côté de l'Oued en point de mire. Je repars en petites foulées sans perdre de vue le précieux repère. Le quintet anglais me devance un peu et puis, le regard fixé sur leur boussole, commence à dériver vers le nord. Je suis sûr de mon cap et décide de ne pas les suivre. Encore des concurrents qui ne savent pas "tirer" un cap et je ne les reverrai plus de la journée. Après un bon quart d'heure passé à zigzaguer dans une imposante végétation, je débouche de l'oued en compagnie d'un italien qui, entre-temps, m'a rattrapé. Nous nous retrouvons quasiment pile sur le parcours de nouveau balisé et celui-ci pousse un "Bingo" de joie à la vue du précieux panneau badigeonné de peinture fluo indiquant que nous sommes de nouveau sur le bon chemin. Le CP 2 arrive et comme à mon habitude, je prépare mes bidons fixés sur les bretelles de mon sac à dos afin d'éviter de perdre du temps. Vers le km 28 nous traversons un lac asséché avec un fort vent de face et Olivier Cauchois de l'équipe Leroy Merlin me rejoint. Il est accompagné de 2 autres coureurs et nous échangeons nos "conneries" du jour, cela me fais du bien de discuter un peu car je suis victime d'un gros coup de pompe à ce moment-là. Nous nous approchons d'un peu de civilisation, des enfants sur le bord de la piste, de petites casbah ça et là et puis un 4X4 !! est-ce déjà le CP 3 ?? Non! malheureusement !! nous sommes au village Jdaid et ce n'est qu'un point de contrôle. 
Photo Frédéric Morand
Entre-temps le trio m'a distancé et je me retrouve seul avec mes doutes et mes douleurs; j'ai mal aux genoux, aux jambes, aux tendons, en fait j'ai mal partout et avec ça je n'ai plus rien à boire... Le parcours entame alors une longue montée de Djebel et il faut viser une passe sablonneuse avec derrière peut-être l'espoir du prochain et dernier CP. Ca grimpe, il fait de plus en plus chaud et je n'avance plus! J'ai l'impression d'avoir des chaussures de plombs, je me traîne littéralement. Je dois être déshydraté, pourtant j'ai bu toute l'eau que l'on m'a distribuée... Je n'ai plus qu'un objectif, atteindre le sommet de cette maudite passe et je dois me concentrer pour mettre un pied devant l'autre et avancer droit. Mon allure ne doit laisser aucun doute sur mon état de fraîcheur et quand le Québécois René Constantineau de l'équipe Merrel Rona arrive à ma hauteur, il me propose immédiatement son aide... Mais que peut il faire ?? il ne va pas me porter sur son dos ??!! il me tend l'un de ses bidons et me propose de partager le peu d'eau qu'il lui reste. "tu m'paieras une bière à Ouarzazate" me lance t-il en s'éloignant! "Un pack de 12 même" lui répondis-je Enfin le sommet de cette fichue passe ! le dernier check point est juste en bas à moins de 500 mètres. Epuisé, je m'affale dans le sable quelques instants et me laisse dévaler jusqu'au CP. Je suis accueilli par les doc*, mon samaritain Québécois ayant signalé mon état en passant. On prend ma tension, 11,7 ça va ! je repars en marchant pour les 4 derniers kilomètres, après avoir récupéré de longues minutes sous une tente et bu abondamment. Finalement, je bouclerai cette 3ème étape en 4h53 à la 126ème place et du coup je rétrograde un peu au général. Maintenant il faut récupérer pour la grande étape non stop de demain. *doc : surnom donné aux médecins du marathon des sables |
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9 avril, c'est le grand jour, avec au programme : "la grande" comme nous la surnommons et la redoutons! Pour cette étape de 82 kms, le départ s'effectue en deux vagues successives : la première à 9h le matin pour la majorité des concurrents et la seconde à midi avec les 50 premiers hommes et les 5 premières femmes du classement général. Les premiers mettront un peu plus de 7h30 pour parcourir la distance, les derniers plus de 34h. Je me donne comme objectif de boucler d'une traite et espère atteindre le CP 6 au km 68 avant la tombée de la nuit. Ensuite, il ne me restera que 14kms avant le bivouac. Le départ est donné vers 9h10. Je ne fais pas 200m que je ressens une vive douleur sous le pied droit m'obligeant à un arrêt d'urgence. C'est une épine d'herbe à chameau qui vient de transpercer la semelle de ma chaussure et de finir sa course sous la plante du pied. Il faut tout enlever, la guêtre, la chaussure, la chaussette, enlever la semelle de propreté et retirer l'épine. En fait cette plante traditionnelle du désert ne ressemble pas du tout à de l'herbe contrairement à son nom. C'est un petit arbuste hérissé d'épines dures et acérées comme des aiguilles et je me demande comment un animal même aussi particulier que le chameau peut-il se délecter d'un met aussi relevé! 2 bonnes minutes seront nécessaires pour reprendre la course avec entre-temps, une bonne partie des coureurs qui me sont passés devant. Pas de panique! j'ai 82 bornes (-200 mètres) pour faire ma course. La première portion de parcours est un peu monotone avec une succession de lits d'oued, de faux plats et de petits vallons caillouteux. Les CP 1 et 2 sont avalés sans encombre et je ne fais que rattraper des coureurs, ce qui est bon pour le moral. Après le passage d'une petite passe sablonneuse vers le km 22, nous entamons 10 kms à zigzaguer dans le lit d'un oued. Il faut véritablement "lire" le sable afin de choisir un sol stable et ce n'est vraiment pas évident. 
Photo Frédéric Morand
Des gamins sortis de nul part nous acclament et je m'applique à répondre à chaque fois par un petit geste de la main accompagné d'un salamalekoum.
Km 32, le CP 3 arrive plus vite que prévu et c'est temps mieux, le prochain point de contrôle est à 14 bornes et il me faudra pas tout à fait 1h30 pour l'atteindre. Cette fois je décide de faire une pause pour manger autre chose que des barres énergétiques devenues trop sucrées au goût. Karim et jean François sont là, sous la tente du CP et terminent eux aussi leur festin. Cela me fait énormément plaisir de retrouver des visages familiers, mais ils reprennent leur périple pendant que je déballe ma gamelle.
Au menu du jour: jambon purée, mais c'est comme à la cantoche!!! Il y a un petit vent tenace et c'est impossible d'allumer la moindre flamme. Inutile de perdre trop de temps et comme l'année passée, le précieux repas sera reconstitué avec de l'eau froide, enfin tiède....! Après cette pause d'un quart d'heure, je repars pour l'ascension d'un col dans le Djebel Zireg. C'est à ce moment que les frères Ahansal, accompagnés d'Hassan Oulmyr, partis dans la seconde vague de 12h, me rattrapent. Tout le monde marche à cet endroit et eux courent!! c'est impressionnant! 
La suite du parcours est constituée de plateaux caillouteux suivis d'un lac asséché s'étalant à perte de vue. J'arrive au CP 5 posé en plein milieu de ce dernier. Comme d'habitude, je remplis mes bidons et je repars sans m'attarder, j'en profite pour me délecter d'une barre énergétique à la banane. hummm...! Il me reste un peu plus de 25 kms dans cette étape et je souhaite atteindre le CP 6 avant la tombée de la nuit, ça va être juste... Les deux "Marco" Olmo et Gozzano me rattrapent à leur tour et je me dis que les trois Marocains ont pris une avance considérable. Le soleil disparaît peu à peu sur l'horizon, la nuit tombe très vite et le laser vient de s'allumer afin de guider les coureurs jusqu'au CP 6. 
Le ciel est totalement dégagé et avec 6% seulement d'humidité dans l'air, le faisceau vert semble se perdre à l'infini. Je retrouve enfin des têtes connues: Joseph Pinto de "Leroy Merlin" et Jean Pierre Tillard, lequel est à l'agonie et ne peut plus s'alimenter. Il faut dire qu'étant parti très en arrière du peloton ce matin, je n'ai fait que rattraper des coureurs toute la journée. J'entre dans le dernier tronçon de cette étape. Il reste 14kms à accomplir avant l'arrivée, cela fait plus de 11h30 de course depuis le départ de ce matin et la fatigue est bien présente. Je quitte le CP 6 à la lumière de ma frontale en petites foulées, le terrain est sablonneux et accidenté. Je suis infiniment seul sous cette voûte étoilée, dans mon dos les lumières du dernier CP finissent par disparaître peu à peu. C'est vraiment le moment que je préfère! le désert seul de nuit!
Le chemin à suivre jusqu'au bivouac est balisé tous les 500 m par de petits bâtons lumineux que l'on distingue à perte de vue. D'ailleurs si l'on marche bien dans l'axe de ce balisage, on ne voit qu'une ligne pointillée verte. Et puis soudain un flash rouge sur l'horizon, je mets quelques instants à réaliser que c'est une fusée de détresse. De nuit, impossible d'en évaluer la distance. mais c'est sûr, il y a un type devant qui ne va pas. M'étant entre-temps mis à marcher, je repars en trottinant. Et puis de nouveau une fusée, ce qui me laisse penser qu'un autre coureur ayant rejoint le premier, a fait usage de sa fusée pour signaler de nouveau leur présence. Je me remets à marcher car la fatigue m'assomme.
Au bout d'une demi-heure je distingue les phares de véhicules 4x4, ce sont les docs qui entourent un coureur couché à terre. Ma présence serait inutile et je continue mon chemin.
Plus tard j'apprendrai qu'il s'agissait de René Constantineau, le Québécois qui m'avais donné de l'eau la veille quand j'étais si mal. Je m'en veux de ne pas être resté à ses côtés pour l'aider à mon tour, mais comment aurais-je pu deviner ? Les yeux rivés sur l'horizon, je guette la moindre lueur qui pourrait trahir la proximité du bivouac, mais rien ! que dalle ! nada !... à quelle distance peut-il être ?? cela devient long! C'est à mon tour de me sentir mal, j'ai des fourmis dans les avant-bras, parfois des étourdissements, un peu comme le matin quand on se lève trop vite et puis j'ai envie de vomir.
Je stoppe la machine et je m'assois sur le sable, j'éteins ma lampe frontale pour admirer le ciel étoilé mais ça va pas j'ai la tête qui tourne et je rallume tout de suite, il me faut un repère visuel. Pas de panique! je dois reprendre des forces, alors je bois un peu mais je n'ai plus rien à manger dans ma ration journalière. Je décide alors d'entamer ma réserve d'urgence. Cette dernière est constituée de 3 barres et 3 gels et ne devait servir qu’en ultime recours. C'est le moment! Je profite de l'ouverture de mon sac à dos pour prendre à la main ma fusée de détresse, on ne sait jamais. Des coureurs passent devant moi et m'interrogent sur mon état: "ça va ??" Je leur réponds : "Je suis très fatigué et je récupère un peu avant de repartir" "ben traîne pas trop car l'arrivée est à 2 kms" me renvoie l'un d'eux. 2 kilomètres ???!! je rassemble mes forces, mon courage et me remets à marcher doucement. Et puis c'est "manu" (Emmanuel Sillon) qui me rejoint. C'est génial, il a vraiment bien tourné dans cette grande étape et puis quelle bonne surprise de retrouver quelqu'un que l'on connaît au bout de si longtemps... On échange nos impressions sur ce périple et la conversation m'aide à juguler la fatigue grandissante. Et soudain, au détour de la piste, des lueurs, des phares !! et oui c'est enfin le bivouac!! Cette année, on ne l'aperçoit qu'au dernier moment à cause du relief, c'est la délivrance. Je franchirai le portique d'arrivée à bout de force après 13h30 de course. D'ailleurs je ne reconnaîtrai même pas Bruno Lacroix et Isabelle de la revue Jogging International venus accueillir chaque membre de l'équipe. Après avoir récupéré mes trois bouteilles d'eau, je cherche la tente 22 et j'y retrouve Karim et jean François. Je m'installe pour la nuit et j'essaie en vain de trouver le sommeil, trop épuisé pour dormir. Peu à peu au fil des heures la tente 22 se remplie... 
juste après la ligne franchie en compagnie d'Emmanuel Sillon
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10 avril c'est la journée de repos .... enfin pas pour tout le monde, car des concurrents ont bivouaqué dans le désert pendant la nuit et ont jusqu'à 21 heures pour franchir la ligne d'arrivée. La nuit a été courte, passée à me "bagarrer" avec mon sac de couchage, j'ai très mal dormi. Comme d'habitude Dominique s'occupe d'allumer le feu pour préparer les petits déjeuners. Je n'ai pas faim mais je me force à manger un plat chaud et surtout salé. Je me lève et fais quelques pas autour de la tente, pas terrible! ça va pas, j'ai la tête qui tourne et je me rallonge vite fait. Je suis dans un sale état, physique et mental mais je sais bien par expérience que le corps humain a des capacités de récupération impressionnantes. Alors tout au long de la journée je vais réparer la machine, boire régulièrement un mélange protéiné avec de l'Isostar, c'est "dégueu" mais nécessaire. Avec la transpiration, on perd beaucoup de sel, aussi je veille à prendre régulièrement mes pastilles de sel, 15 pendant la journée. Un point positif, mes pieds sont dans un état acceptable. Vers midi la température grimpe sérieusement à 44°C et après une bouillie hyper-glucidique constituée d'un hachis et de pâtes bolognaises mélangés, la sieste s'impose... Petit à petit la forme revient et il faut penser à la journée de demain. L'étape Marathon!! 42 bornes, cela me paraît dérisoire comparé à ce que l'on vient de courir la veille. Et pourtant il ne faut pas négliger cette étape, c'est quand même la 2ème plus longue de ce marathon des sables. Je fais le point de mes réserves alimentaires, c'est vraiment pile poil, pour ne pas dire juste, jusqu'à Tazzarine, l'arrivée finale. Vers 19 heures des coups de klaxon retentissent, les derniers concurrents sont en vu après plus de 34 heures de course. Ce sont deux Anglais et un attroupement se forme autour de la ligne d'arrivée afin d'accueillir les courageux. Pour eux, il n'y aura pas de journée de repos et ils prendront le départ demain matin avec les autres coureurs pour l'étape marathon. |
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11 avril, un commissaire sillonne le bivouac avec un haut parleur afin de nous informer que le départ sera avancé à 8h45 pour cause de grosse chaleur attendue. Il fera en effet très chaud aujourd'hui, 46.5°C à midi et même 49.9°C avec 6% d’hygrométrie relevé au CP 3 à 14h, un record! Dans ces conditions extrêmes, une bonne gestion de l'eau et de la course est indispensable. Je suis 113ème au classement général ce matin et si j'ai perdu tout espoir de rentrer dans les 80 à Tazzarine, j'aimerais passer la barrière psychologique des 100 premiers. En cumul de temps, cet objectif est à 24 minutes. Sur un marathon classique ce serait impensable d'espérer remonter un tel handicap, mais au MDS tout est possible. 8h45 le départ est donné. Les 10 premiers kilomètres sont tout en ligne droite avec juste le passage du Rich Merzoug, une petite passe sablonneuse.

Photo Frédéric Morand Je pointe au CP 1 en 50 minutes environ. Comme à mon habitude, je repars immédiatement après avoir rempli à ras bord mes 2 bidons. Il faut tirer les leçons du passé et je prends soin de boire régulièrement toute l'eau dont je dispose, mes bidons doivent être vides à l'approche du CP suivant. J'ai maintenant en point de mire mes copains de la tente 22, Karim et Jean François. Pendant un temps je reste en retrait et puis je viens à leur hauteur. "Salut les gars, c'est bientôt l'heure de l'apéro" et j'accélère. A l'approche du CP 2, le parcours décrit un petit décrochage afin d'éviter un relief caillouteux. C'est plus court mais personne ne semble "couper" le fromage, je tente ma chance et du coup je rattrape une dizaine de coureurs. Au pointage du CP 2 je passe même juste devant Olivier Cauchois, vais-je arriver à le distancer aujourd'hui?? Ma stratégie est simple, je dois assurer jusqu'au CP 3 placé à 10 kms de l'arrivée et ensuite accélérer si j'ai encore les jambes. Vers le 25ème kilomètre, nous traversons de petites casbah et bien sûr, les enfants sont là! Ils nous prennent les mains et courent pour nous tirer. je suis impressionné de la distance qu'ils arrivent à tenir en me tractant littéralement. Nous quittons les villages et leurs enfants et vers le km 28 j'aperçois Ruth Marie, l'Américaine. Cette fois c'est moi qui la rattrape! Elle était 4ème ce matin au classement féminin avec 13 minutes de retard sur la Canadienne Monica Sholz. Elle joue sa place sur le podium aujourd'hui... Le CP 3 arrive, je pointe, je bois, remplis mes bidons, tout cela en même temps et c'est reparti !! Comme prévu j'accélère aussitôt, je dois tout donner sur 10 bornes. Après une partie sablonneuse dans une palmeraie, cette dernière portion est constituée d'un long plateau caillouteux en légers faux plats montants. C'est cassant pour les pieds, minant pour le moral, mais il faut tenir... On a toujours l'impression que l'on va apercevoir le bivouac derrière le prochain raidillon et bien non, ça n'en finit pas... Et puis soudain au détour d'une petite colline, là-bas posé sur la ligne d'horizon, on peut distinguer des tâches blanches qui ondulent avec la chaleur du sol, c'est le bivouac!! Ca y est on y est presque !! oui mais attention, à quelle distance se trouve t-il ? L'effet mirage reflétant le blanc des tentes de l'organisation donne une fausse impression de proximité, d'ailleurs je ne distingue ni le noir des tentes berbères, ni le portique d'arrivée. On se calme, pas question de se mettre à sprinter comme un barjot!!! Et effectivement le final est long, très long, le camp semble reculer à mesure que nous courons.
Je rattrape ça et là encore quelques coureurs épuisés et soudain la fusée Olivier Cauchois me rattrape, me double, me distance... Impossible de m'accrocher à ce fou furieux qui pourtant m'invite à lui emboîter le pas! Comme moi, il a fait une première partie de course prudente et ça paye, je pointe à l'arrivée juste une minute derrière lui et nous nous classons respectivement 60 et 61ème de cette étape. 
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Samedi 12 avril, Ce matin les tentes ne seront pas démontées et chacun peut prendre son petit déjeuner à l'abri. On y est presque! 22 kms... Un sprint ! et puis Tazzarine, les copains qui franchissent la ligne d'arrivée et puis le retour en bus vers la civilisation, le confort. Une douche... C'est avec un sentiment de joie et d'amertume mêlé que je me dirige vers la ligne de départ. Satisfaction de pouvoir bientôt franchir la ligne d'arrivée, mais également un peu déçu que cette belle aventure touche à sa fin.
En fait, le marathon des sables, ce n'est pas seulement une semaine de course dans le désert. Ce sont des mois de préparation, d'entraînement, de rigueur alimentaire, de recherche de fonds etc...
Un premier départ est donnée vers 8 heures pour les 22 concurrents les plus lents, souvent blessés, mais qui tiennent à finir la course
C'est une bonne initiative, car ces derniers pourront arriver à Tazzarine sans être trop décalés par rapport aux autres compétiteurs. Le départ principal est donné à 9 heures et comme pour la première étape, il est endiablé. Tout le monde veut se montrer, oui mais attention, il fait chaud et 22 bornes quand on n'en a déjà 221 dans les jambes, c'est long!
Je prends donc un départ rythmé mais néanmoins prudent. Après une demi-heure, je commence à rattraper des marcheurs partis dans la première vague. Ils sont vraiment courageux car finalement ils auront passé beaucoup de temps en course et je m'efforce de tous les encourager.
L'unique CP est en vue après 10 kms, j'accélère un peu afin de me dégager des autres coureurs, ce qui me permet de passer dans le couloir de pointage sans devoir faire la queue. Je saisis la bouteille d'eau que l'on me tend, bois et m'asperge un peu, puis l'abandonne. J'ai décidé de boucler l'étape avec l'unique plein de mes bidons, soit 1.2 litre. 
Cela va s'avérer un peu juste car à l'entrée de Tazzarine environ 4 kms avant l'arrivée, le rythme baisse et des coureurs me rejoignent. Tous les habitants sont massés le long du parcours, ce doit être l'événement de l'année pour eux. J'atteins enfin le bitume, cela fait un peu drôle de fouler à nouveau cette surface oubliée... L'arrivée ne doit plus être bien loin et soudain au détour d'un virage, j'aperçois les ballons rouges de l'organisation qui habituellement la matérialisent. 
J'y suis presque! Je n'ai personne derrière moi et je me contente d'une légère accélération avant de franchir la ligne. Il était tant ! de toute façon j'aurais été incapable de faire le sprint.
Un coup d’œil sur la grille de pointage, je suis 41ème, j'ai dû grappiller encore quelques places au général. Patrick Bauer me passe autour du cou la traditionnelle médaille du marathon des sables. Mais je suis épuisé et avec cette chaleur et le manque d'eau sur la fin de parcours, je mettrai de longues minutes pour récupérer. Peu à peu l'équipe de la tente 22 se reforme, avec Benoît et Karim nous décidons de mettre le cap sur le barbier du coin pour nous faire faire une beauté.
 L'heure du retour vers Ouarzazate approche, les places dans les cars sont attribuées par ordre d'arrivée. Nous échangerons nos places afin de tous nous retrouver dans le même bus.
Le trajet sera long, plus de 3h de routes sinueuses et certains sont malades. Plusieurs hôtels sont nécessaires à Ouarzazate pour loger les coureurs et toute l'organisation. Nous récupérons nos bagages devant l'hôtel Bélère qui sert de quartier général et les équipes françaises sont également logées sur place.
Très rapidement Frédéric, avec lequel je partage la chambre, va prendre possession des clefs tandis que je récupère nos sacs. Après le bonheur de la douche, nous nous retrouvons au bar de la piscine d'où s'échappe une odeur affolante de friture. Notre "4 heures" composé de hamburgers marocains, de frites et de pizzas sera littéralement dévoré. 
Photo Frédéric Morand
Nous exprimons tous une envie particulière pour le gras et le salé. Quel bonheur de retrouver une alimentation civilisée! d'ailleurs il y a déjà la queue pour le dîner devant l'entrée du restaurant. Je ne me rappelle plus trop combien de bières j'ai bu après, mais j'ai très mal dormi n'étant plus vraiment habitué au confort d'un grand lit.
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Dimanche 13 avril 6 heures du matin, le soleil pointe directement ses rayons dans notre chambre. Avec l'habitude prise durant la semaine, nous étions de toute façon déjà réveillés. Le repas du midi est libre et à notre charge, les 3 principaux restos de Ouarzazate sont pris d'assaut. L'après midi passe bien vite et c'est déjà bientôt l'heure de la cérémonie de remise des prix à l'Hôtel Bélère. Pas question d'être en retard, Marielle notre Miss "équipe Jogging International" va monter sur le podium pour sa première participation au Marathon des sables, un exploit! 
Photo Frédéric Morand
Je suis toujours surpris de la différence entre les protocoles de remise des prix féminin et masculin. Nous avons pourtant tous effectué le même nombre de kilomètres et parfois dans des conditions plus difficiles pour ces dames. C'est dans la fraîcheur du soir que la cérémonie se termine, un peu vite au goût de certains. En effet chacun regagne ses hôtels respectifs pour le dîner et c'est un peu dommage de se quitter ainsi. Demain le premier vol pour la France est à 6H20, le réveil est fixé à 4h et suis impatient de retrouver mes proches. Je garderai un bon souvenir de cette édition 2003. Plus dur en ce qui me concerne sur le plan physique, mais toutefois moins difficile dans sa globalité que l'année dernière, car nous avions eu cette fichue tempête de sable qui avait mis nos nerfs à rude épreuve. Cette fois j'ai enfin pu découvrir la beauté du Sahara marocain sous de bons auspices. Je n'atteins pas tout à fait le classement que je m'étais fixé au départ, mais je suis toutefois très fier d'avoir bouclé de nouveau le prestigieux Marathon des sables et qui doit rester le principal objectif de tous...
© 2003 Cyril Bramat |
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