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Le récit d'une
concurrente
C'est OK. Samedi 27 octobre 2001, le départ au bois de
Boulogne est fixé pour 7h. Il pleut et nous sommes nombreux à prendre la
route ce samedi matin, veille de vacances scolaires. Pourvu que demain, la
météo nous réserve le soleil !
Après les pause d'usage: café, thé, entrecoupés des habituelles
rations d'eau à absorber la veille de l'épreuve, déjeuner sur une aire
de repos… puis rations d'eau à nouveau jusqu'à Nant, où là
semble-t-il le régime d'avant course n'est plus obligatoirement respecté.
Ainsi nous nous retrouvons à la terrasse d'un café, pour déguster une
bière fraîche. La gourmandise et l'impatience nous poussent même à
entamer de suite les produits régionaux offerts avec le dossard : fromage
de brebis, confiture, miel et galettes des Templiers. Je n'esquisserai
ensuite que les grandes lignes du dîner d'avant course qui lui se fera en
quatre prises : entrée " charcuterie de pays ", foie gras ou écrevisse
en sauce, suivie d'un magret de canard ou d'une daube (!!!), accompagnés
de pommes de terre gratinées, pour terminer sur le bleu des Causses et la
crème au chocolat, le tout arrosé de la cuvée des lieux. Pour la diététique,
vous repasserez…en revanche, cela aura le mérite de confirmer ou
d'infirmer nos exploits du lendemain.
Réveil : 4h15 !
Il fait doux et humide. Les éternels atermoiements : pluie , chaleur, fraîcheur
? Tout ce qui fera que nous nous chargerons d'un tee-shirt à manches
longues ou d'un coupe vent, d'une ration de liquide d'un ou deux litres…
etc. Le départ est imminent. Les frontales sont de rigueur. Derniers préparatifs.
Je retrouve mes amis de Cergy, on discute on humorise mais je sens bien
que la tension est à son comble car c'est leur premier trail et ce ne
sera certes pas le plus facile…
6h00 !
Un coup de fusil et nous voici poussés vers l'inconnu, dans la nuit
sombre (et pas étoilée du tout !). Traversée du village et puis ça
monte tout de suite. Je profite du faisceau des lampes frontales de mes
congénères car j'ai juste pris une petite mag-light et tout compte fait
je me demande si ce soir je serai arrivée avant la tombée de la nuit.
Autant faire des économies d'énergie… Le sentier se rétrécit pour
amorcer la montée sur Comberedonde, en plusieurs paliers. Premier
bouchon. Nous sommes tous arrêtés en file indienne pendant vingt
minutes. Heureusement qu'il ne pleut pas ! La chenille redémarre
lentement . Le jour en a profité pour se lever. Très bien, on peut
rempocher les frontales. On discute, on fait connaissance. Le thym sauvage
embaume les lieux, c'est magique. Après la perte de temps encourue au début
de la côte, les âmes se déchaînent dès qu'il y a une partie plate.
Nous n'en sommes qu'au début de ce périple de 65.8 km aussi la prudence
reste-t-elle de mise. Nous ne nous arrêtons pas au ravitaillement en eau
du 14ème km, à Sauclières. Mes provisions sont suffisantes pour
atteindre le 32ème kilomètre. L'ascension sur le St Guiral est certes
difficile mais la suite est plus ardue et le souvenir de deux belles
" bosses " sur la deuxième partie du tracé nous impose
beaucoup de vigilance.
Le ciel est très brumeux et le vent fouette nos visages. Le passage sur
le plateau est mémorable , sur un large sentier à découvert, les
silhouettes des coureurs traversant les nuages de coton. Nous pensons à
ceux qui ont pris le départ en maillot "manches courtes"…
La descente sur Dourbies est "presque" facile. Nous croisons déjà
des coureurs qui sont perclus de crampes. Nous terminons la descente sous
le soleil. Beaucoup d'accompagnateurs de trailers (familles ou amis) sont
présents à l'entrée du village. C'est très encourageant. Certains
prennent des photos. Nos visages ne sont pas encore trop ravagés par la
fatigue…
Le ravitaillement est pantagruélique. Nous y stationnons un quart
d'heure, le temps de refaire nos recharges d'eau, ranger les coupe vent,
discuter avec une nana que je rencontre habituellement en région
parisienne…Il est 10h45, nous repartons tranquillement. Pas d'efforts
inutiles, je me sens assez fraîche et je me dis que si je termine dans
cet état, ce sera vraiment une victoire car cette aventure n'était pas
prévue pour moi et c'est avant tout l'attrait de l'Aveyron qui m'a poussée
à accepter de reprendre le dossard d'un ami, plus que le besoin de faire
une longue distance, accompagnée de plus de 1800 trailers…
Néanmoins je ne regrette rien, je suis bien ; le panorama, avec la clarté
du jour recèle des points de vue inégalables. Il fait très chaud par
moment et la progression jusqu'au kilométrage 47, est assez ardue. Nous
trottinons sur une enfilade de petites bosses, sans grande difficulté,
mais nombreuses. Le passage sur un sentier en balcon dominant la vallée
nous aide à distinguer au loin les silhouettes des coureurs. Le chemin
est large et recouvert de mousse. On se croirait sur de la moquette. C'est
très agréable. Sur le col certains trailers sont assis. Fatigue,
crampes, repos ? Les langues sont difficile à délier. Nous croisons bon
nombre de concurrents qui semblent en piteux état. Rien n'atteint mon
moral et je continue paisiblement en marchant dans les côtes et
trottinant sur les parties plus plates. La fatigue est présente certes,
mais aucune douleur particulière ne me pousse à traîner, aussi je
conserve un rythme tranquille.
La descente sur Trêves est escarpée. Je me demande comment les premiers
ont pu courir sur de telles portions. C'est un enchevêtrement de racines,
de troncs, de rochers, de pierres qui roulent, de flaques de boue…la
cause de pas mal de bouchons également. Je redoute ces passages délicats
et ma peur du vide s'en trouve décuplée. Ce n'est pas fait pour me faire
avancer plus habilement et je préfère descendre sur les
"fesses", position peu académique, plutôt que d'essayer de
sauter d'un rocher à l'autre. Comme nous sommes nombreux, cela ne
ralentit en rien la progression de ceux qui suivent car il est impossible
de dépasser quelqu'un dans ce dédale de ronces et de branches.
L'arrivée sur Trêves est animée. Nous sommes toujours dans la course.
Les temps éliminatoires de 7h45 au 47ème km puis de 10h au 57ème vont
en contraindre plus d'un à rendre son dossard et terminer le périple en
autocar…
Je ne stationne pas longtemps à Trêves. D'autres n'ont pas le choix. Les
organismes sont éprouvés. Les chaussures jonchent le sol, les orteils
sont bardés de pansements, les mines sont déconfites. Le lot de dossards
des abandons est impressionnant. Sauvons-nous, vite !
Il est 13h et le soleil darde ses rayons sur le flanc des falaises que
nous gravissons lentement. Superbes paysages, vues grandioses sur les défilés
en contrebas. Certains musardent. C'est géant !
J'aperçois un ami au loin. Je doute un moment. Il est très en forme et
sa pratique régulière de plusieurs disciplines (escalade, montagne, canoë…)
le préserve des coups de "bambou" habituellement ressentis par
les néophytes. Mais si, c'est bien lui. Peut-être une première portion
de chemin effectuée trop rapidement ? Je l'invite à
"raccrocher" mais il se sent incapable de trotter. Je lui
souhaite (sournoisement) bonne route et je continue. Les crampes font des
dégâts dans le peloton. Il n'est pas rare d'entendre des hurlements et
de voir un trailer s'allonger au beau milieu du chemin en se tenant la
jambe à deux mains. La terrible descente sur Cantobre, 57ème km est un
grand moment… sur les fesses, à nouveau, en ce qui me concerne. Mes
souvenirs de 98 se confirment car il me semblait bien que le parcours
allait se durcir sur la fin et malgré l'annonce d'un réaménagement du
circuit en fonction du grand nombre de participants, il paraissait normal
d'envisager des difficultés supérieures à celles rencontrées
jusqu'ici. Je ne suis donc pas surprise d'en découdre à ce moment là
avec un terrain hostile. Nous plongeons littéralement vers le village.
C'est ardu mais fantastique !
Dernier ravitaillement en eau et me revoilà repartie pour 8.8 km,
direction le Roc Nantais. Il est 15h15. Bien que nous soyons en plein après-midi,
j'ai des doutes sur l'heure de notre arrivée à Nant et je commence à
craindre de rentrer à la lueur de la frontale. Le souvenir d'une belle
descente longue et technique en final, me laisse un goût amer. Ce sera le
moteur grâce auquel je trottinerai dès que le terrain le permet jusqu'à
cette descente maudite avant l'entrée dans le village. Il est plus de
16h30 lorsque nous en terminons avec ce versant rebelle. Encore quelques
centaines de mètres dans le bourg avant de franchir, hilare, la ligne
d'arrivée. 10h39' pour venir à bout de ces 65.8 km. Belle course, mais
qu'elle était difficile ! 2700 m de déniv + et autant en -, il y avait
longtemps que je n'avais pas autant puisé dans mes réserves…Le réveil
demain sera douloureux, mais que de merveilleuses images dans ma mémoire.
La prudence en a contraint plus d'un à abandonner à Cantobres. Les
savoir entamer la descente sur Nant dans l'obscurité est angoissant. Je
tente d'avoir des nouvelles de mes amis parisiens. Je suis à l'arrivée
d'un bus qui revient de Cantobre, mais je ne les aperçois pas. Je
passerai demain matin revoir les classements pour savoir s'ils ont pu
terminer cette épopée.
Je ne referai pas cette épreuve cependant car je pense qu'elle souffre de
sa célébrité et que le nombre de participants qui va croissant lui ôte
tout "véritable esprit nature" tel que je le ressens sur
d'autres trails.
Les uns traînent devant, les autres poussent derrière. Pas un moment
nous ne pouvons avoir le privilège de savourer le calme. Rares furent les
instants où je sentais que j'atteignais ma "vitesse de croisière",
propice à cet état de grâce qui fait que l'on ne ressent plus rien
qu'un grand plaisir corporel, le pas rythmé par la respiration, l'esprit
détaché de la contrainte de l'effort. Heureusement, le calendrier des
trails 2002, j'en suis certaine, nous proposera bien d'autres belles
courses de cet accabit et nous ne serons pas en mal d'en découvrir une,
à dimension humaine, qui nous fera plonger à nouveau dans la
contemplation.
C.LOOP
Quelques conseils :
-
partir avec un coupe vent léger
pour les premières heures. Le collant est inutile, la température
est suffisamment douce. Pas de gants, pas de bonnet dont on ne sait
que faire ensuite. Et encore que les gants soient utiles dans les
descentes pour se rattrapper aux branches de buis et aux racines. A
voir...
-
le règlement stipule qu'il faut
obligatoirement emmener un sifflet mais aucun contrôle n'est opéré.
A vous de voir...mais ce n'est pas ce qui est le plus lourd.
-
pour le début de course, une
torche à la main suffit (ou mieux encore : une torche à jeter au
premier ravitaillement) ; la garder à portée car nous traversons
deux ou trois tunnels dans la première moitié.
-
il est inutile de se munir de
recharges de boisson isotonique car on propose du Maxim neutre à tous
les ravitaillments.
-
prendre de la pommade
anti-frottement car aucun poste de secours n'en proposait (dixit mes
amis masculins ? !)
-
ne pas trop se charger en solide
car les ravitaillements sont très complets et permettent de refaire
des provisions en cas de manque.
Et maintenant, bonne route !
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