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TRAIL.
La marche à suivre
Les Templiers, 65 km de course nature dans l'Aveyron.
Par
ALAIN LÉAUTHIER
Un homme jeune, solitaire, boitille le long d'un muret en
pierre sèche. Le soleil caresse ses jambes nues et douloureuses. C'est un
début d'après-midi d'arrière-saison, dans le pays languedocien, au
coeur du parc régional des Grandes Causses. Au loin, dans l'air tiède,
une voix amplifiée égrène des noms et des classements. Elle le fera
pendant des heures. Celui qui boitille grimace, mais il n'attendra pas la
fin de sa douleur pour être heureux. Après presque huit heures - soit près
de deux heures après le premier (1) -, il en finit avec la course des
Templiers, la référence absolue en matière de trail en France.
Comme les autres années, la 7e édition
se courait, hier, sur une longue boucle de65 kilomètres autour de Nant,
village étape du tourisme vert dans la région. Soixante-cinq kilomètres
de sentiers de forêts quelquefois moelleux, tapissés d'herbes grasses, décorés
de feuilles de châtaigniers en robes d'automne, ou bien aiguisés, à la
rocaille coupante, filant sur les crêtes des contreforts cévenols
dominant des villages minuscules et perdus. Un parcours bucolique, une «balade»
dans le «Bovéland» que 3 000 mètres de dénivelé, avec des raidillons
à près de 20 %, interdisent aux dilettantes sans un minimum d'entraînement.
Zigzag. Etonnamment, le vainqueur
2001, Gilles Bessères, avoue n'avoir pas trop forcé sur la préparation.
Mieux: il venait pour la première fois aux Templiers. Course d'essai,
course de maître: haut comme trois pommes, ce natif de Haute-Loire s'est
envolé à la sortie du village de Trèves, dans la grimpette sur le
causse Noir, une calamité s'élevant en zigzag. Puis, minuscule tache
rouge s'agitant sur un patchwork de couleurs, on l'a vu dévaler à toute
vitesse le mur de Cantobre, une falaise de granit que les coureurs
devaient gravir l'an dernier. A l'arrivée, il était à peine marqué: «Les
jambes font un peu mal, c'est normal. Mais, pour le reste, ça va.»
Pourtant, comme la plupart des 1 800 participants - dont une grosse poignée
de Belges, une pincée de Bataves et trois Népalais -, Bessères, avec
ses 34 printemps, n'est pas un débutant. C'est l'âge aussi de la première
féminine, Karine Herry, victorieuse pour la quatrième fois. Le Breton
Patrick Lothode, le «Poulidor des Templiers», second pour la troisième
fois, frise lui la quarantaine. Michel Tociello, le troisième, vainqueur
d'un trail organisé dans le nord de la Martinique, en a dix de plus.
Dans l'interminable serpent qui ondule
toute la journée entre des fonds de vallées et des plateaux aux ciels
immenses, il y a abondance de cheveux gris et de cheveux blancs. «Beaucoup
de "trailers" débutent dans d'autres disciplines, comme le
marathon ou le triathlon. Ce sont souvent des sportifs, las de la course
sur route, à la recherche de nouvelles émotions suscitées par le
contact avec la nature, explique Gilles Bertrand, créateur des
Templiers. Nous avons donc rarement des tout jeunes.» Bessères a
commencé dans le vélo, flirté avec le professionnalisme, puis dérivé
vers la course de montagne. Cette discipline est encadrée par la Fédération
française d'athlétisme avec des championnats de France, d'Europe et du
monde où Français et Françaises trustent moult médailles dans l'indifférence
générale.
Reconnaissance. Coureur lui-même,
Gilles Bertrand a découvert cette déclinaison nature des courses
d'endurance, il y a plus de dix ans, lors d'un séjour dans l'Ouest américain.
Entre le lac Tahoe et les environs de Sacramento, près de 160 kilomètres
à l'ombre des conifères, l'ont emballé. Quelques années plus tard,
l'un de ses amis lance, sans lendemain, le tout premier trail hexagonal,
les Dentelles du Ventoux. Mais cette initiative pousse Gilles Bertrand à
créer, avec l'aide de sa compagne, Odile Baudrier, les Templiers. Pour
l'heure, le trail est encore «sauvage». Les parcours doivent être plus
longs que les courses de montagne. Ils se déroulent essentiellement sur
des sentiers, en pleine nature avec de courts passages sur route. Hors métropole,
la Diagonale du Fou à la Réunion constitue l'autre grand rendez-vous des
trailers européens.
En fait, au-delà des normes techniques,
la vérité du trail tient surtout à l'esprit qui souffle sur la course.
Une gentillesse presque désarmante où des hommes et des femmes en nage,
mains sur les genoux pour «bouffer le dénivelé», rendent leurs
bonjours aux amis, spectateurs ou encore aux bénévoles, empressés à
distribuer snacks et boissons dans les cinq points de
ravitaillement. Karine Herry n'échangerait pas cette ambiance pour tout
l'or du monde. Ou du moins du bronze. Parallèlement au trail, la jeune
femme, classée dans l'élite de l'athlétisme français, a fait plusieurs
podiums sur le 100 kilomètres route, dont elle est l'une des spécialistes
européennes. Coachée par son mari, sans sponsor après le retrait
d'Adidas, elle s'entraîne dur, se surveille, améliore sans cesse ses
connaissances sur les bonnes diètes, maîtrise à la perfection oligo-éléments
et musculatures. Bref, elle n'est pas si loin, dans ses méthodes et ses
performances, des athlètes de haut niveau, des stars du tartan, abonnées
aux projecteurs et... aux grosses primes. La reconnaissance, les meilleurs
trailers la réclament aujourd'hui. Mais sur les chèques à plusieurs zéros,
ils doutent. Pour Karine, c'est niet. Bessères, lui, hésite: «Des
primes plus substantielles seraient bienvenues. Mais il ne faudrait pas
que cela pourrisse ce sport.» Aux Templiers, c'est simple: une céramique
d'artiste local, une bouteille de vin et un franc sourire. Les bénéfices
(2) vont à un orphelinat de N'Djamena au Tchad. Presque 80 000 francs
cette année.
(1) Le vainqueur a bouclé le parcours en
six heures six, le dernier a mis sept heures de plus.
(2) Ils proviennent des inscriptions des
coureurs et de partenariats locaux.
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